Femmes à poils ou sans poils. Cet article n’a pas pour vocation de vous dire si vous devez ou non vous épiler. Il s’agit plutôt de proposer une réflexion pour faire ses choix en conscience. En effet, la société nous inculque un certain nombre de principes, dont le fait que la chose la plus importante pour une femme est son physique, et que son objectif est celui d’être choisie par un homme. C’était flagrant dans le passé, mais aujourd’hui cela revient sous forme d’héritages inconscients plus subtils mais toujours omniprésents.

L’épilation est devenue une norme

Pour la petite fille qui devient pré-adolescente, s’épiler n’est pas vraiment un choix. C’est comme ça. Pour la plupart, l‘épilation est la norme, et si elles ne le font pas, on va se moquer d’elles. Toujours aujourd’hui, une femme ne peut pas aller à la plage ou à la piscine avec ses poils sans subir des remarques, frontales ou non. Des micro-trottoirs ont même montré qu’on est tellement influencé par cette « norme » que l’on considère uniquement le maillot intégral comme ce qu’il y a de plus beau, plus propre, tant pour les hommes que les femmes interrogées.

Quelques chiffres sur l’épilation

En 2013, une étude d’IPSOS a montré que 96% des personnes interrogées estiment qu’elles doivent épiler au moins une partie de leur corps. Pour 97% des françaises, l’épilation des aisselles est obligatoire, et 81% pour les demies-jambes.

Au delà, juste avant un rendez-vous amoureux, les femmes s’inquiètent plus de leur épilation.- à 63%. Puis, de leur maquillage et de leur cheveux, respectivement à 62% et 57%. Du côté des hommes, 39% des français sont adeptes de l’épilation intégrale du maillot pour leur partenaire, et 21% de l’épilation des aisselles.

On est tellement conditionné que certains hommes en viennent même à refuser d’avoir des rapports sexuels avec des femmes parce qu’elles ont des poils et que cela les « dégoûte ».

Pourquoi tout le monde déteste les poils?

L’épilation intégrale du maillot s’est peu à peu imposée par le cinéma pornographique, qui dicte une norme du corps féminin désirable par les hommes. Dans cette industrie, les femmes sont infantilisées et dominées, d’où cette absence de poils qui rappelle finalement la femme adulte… Cela vient la diminuer dans la société.

L’industrie du rasoir et de l’épilation représente à elle seule des millions de dollars. Le corps de la femme devient alors un bien commun, qui doit être beau pour tout le monde, peu importe son avis à elle. Heureusement, pour lutter contre cela, des mouvements comme le body-positive se sont mis en place.

Le fait que le corps de la femme ne lui appartiennent pas ne date pas d’hier. En France, avant, il était la possession de l’état, de la religion, de son père, de son mari, des hommes de sa famille… C’est toujours le cas dans certaines parties du monde. Aujourd’hui cela se traduit simplement d’une autre manière. La femme se retrouve dépossédée d’elle-même par le harcèlement de rue, le culte de la minceur, les jugements sur sa façon de s’habiller – jupe trop courte, ou sur le simple fait d’être une femmeDans la publicité, dans les films, partout les poils sont inexistants…même dans les pubs pour l’épilation!

Pendant ce temps, les hommes gardent leur poils sans que cela pose de problème. Pour les femmes, montrer ses poils devient véritablement un geste politique de protestation, de provocation, alors que c’est naturel. Sans même dire à quel point cela est coûteux et douloureux.

Les poils, un problème d’hygiène?

Souvent, les poils sont plus difficiles à vivre pour les brunes à la peau claire. Les poils blonds sur une peau claire, ou bruns sur une peau noire sont « tolérés » car moins visibles. Ils vont moins « déranger ». Les poils bruns sur une peau claire vont eux être considérés comme sales.

On associe en effet les poils à un manque d’hygiène. Pourtant, c’est tout le contraire! Ils ont une réelle fonction. Ils sont là pour nous protéger des agressions extérieures, en particulier au niveau des parties intimes. La tant aimée épilation intégrale a vu naître une recrudescence des mycoses vaginales et autres cystites qu’on pourrait facilement éviter.

Les poils protègent aussi de la chaleur et des UV. Ils nous aident à réguler notre température. Ils nous indiquent même un toucher avant que la peau ne soit atteinte.

Être une femme à poils

Une femme qui a des poils va être très vite catégorisée comme vieille soixante-huitarde, lesbienne, mama, etc. Ces catégories sont des clichés et l’épilation reste un choix personnel. Au final, en tant que femme, on ne s’épile pas pour soi mais pour enlever la pression sociale. La pression que nous mettent les autres, qu’ils soient femmes ou hommes.

Au quotidien, une femme qui n’est pas épilée n’est pas aussi crédible qu’une femme qui l’est. En entreprise par exemple, une femme qui fait une présentation alors qu’on voit des poils sous ses aisselles sera moins prise au sérieux. Les femmes pensent avoir plus confiance en elles sans leurs poils qu’avec. Un sondage montre de 54% des femmes disent avoir moins de mal à montrer leurs vergetures, leurs cicatrices, leur tâches de naissance, que leurs poils.

Dans le milieu du sport par exemple, on s’épile pour éviter les irritations et améliorer ses performances et son aérodynamisme. Il est aussi plus agréable pour les sportif•ve•s de s’épiler les jambes pour recevoir les massages des kinésithérapeutes, ou pour pouvoir soigner leurs blessures plus facilement. C’est aussi la raison pour laquelle on se rase les cheveux dans l’armée!

Les femmes et leurs poils dans l’histoire

L’épilation à la préhistoire

À la préhistoire, l’épilation existait déjà: des coquillages étaient utilisés en pince pour retirer les poils et éviter les parasites. Durant l’Égypte ancienne, les poils étaient perçus comme impurs. Aussi, l’épilation complète, cheveux, cils et sourcils inclus était la norme pour les pharaons, les prêtres et les femmes, et ce à la pince à épiler.

L’épilation à la Grèce Antique

En Grèce Antique, les femmes riches se faisaient épiler par des « épileuses » – les ancêtres de nos esthéticiennes – qui brûlaient les poils à la lampe à huile, maillot intégral compris. Chez les romain•e•s, les hommes s’épilaient intégralement en faisant chauffer des coquilles de noix qu’ils passaient sur leurs jambes, leur torse, etc. Les femmes elles s’épilaient avant les rapports sexuels avec une pâte avant de se polir la peau à l’aide d’une pierre ponce.

L’épilation au Moyen-Âge

Au Moyen-Âge, on ne s’épile plus suite aux interdictions religieuses. Le poil masculin est une marque de virilité. Toutefois, les dames de la cour, pour correspondre à l’idéal de beauté du grand front, se faisaient retirer les sourcils, le front et la naissance des cheveux à l’aide de sulfure d’arsenic et de chaux vive. Pour empêcher la repousse, elles utilisaient un mélange de sang de grenouille, de chauve-souris ou de cendre avec du vinaigre.

L’épilation de la Renaissance à nos jours

À la Renaissance, on assiste à un retour de l’épilation du maillot, encore une fois pour limiter la vermine.

La tendance diminue à l’époque moderne, sauf dans les classes supérieures jusqu’au XXe siècle, où la mode des aisselles épilées refait surface. Notamment suite à une publication en 1915 dans le magazine Haraper Bazaar qui conseillait d’enlever ses poils sous les bras. En 1950, les corps commencent à se dénuder et la pratique devient monnaie courante. Jusqu’en 1970 où elle se démocratise et devient presque la norme, sauf pour les féministes qui revendiquent le poil comme naturel.

Aujourd’hui, on peut revendiquer ses poils. On découvre même des pratiques comme la coloration des poils des aisselles ou du maillot. Des stars mondiales ont choisi de laisser leurs poils tranquille, comme Lady Gaga, Madonna, Julia Roberts ou Gigi Hadid.

S’épiler ou non doit être un choix !

Accepter ses poils, c’est aussi se réapproprier son corps, sans le poids des hommes ou de la société. On a toujours le choix, selon ses croyances ou son mode de vie.  Aujourd’hui, on peut garder ses poils, les colorer, comme un acte de revendication ou non. Mais on peut aussi choisir de s’épiler et de faire comme les autres, selon la façon dont on se sent le mieux et le plus confortable.

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